Avoir toutes les informations en main pour un nouveau départ

Les droits et devoirs, la vie pratique, le marché du travail et la santé en Suisse, telles sont les quatre thématiques abordées lors des séances d’information destinées à chaque nouveau contingent de réfugiés réinstallés dans le canton de Vaud. Mandaté par le Bureau cantonal pour l’intégration des étrangers et la prévention du racisme (BCI), l’équipe formation de l’OSAR est chargée d’animer trois de ces séances.

© Stephan Hermann / COUPDOEIL

Le premier module, organisé en décembre 2018 à Lausanne, s’adresse à six familles syriennes, dont 15 adultes et 25 enfants et adolescents, arrivées en Suisse depuis la Jordanie entre fin octobre et début novembre 2018. Il porte sur leurs droits et devoirs en tant que réfugiés. Après s’être salués chaleureusement et avoir pris place dans la salle, le cours débute. «Le système institutionnel suisse est complexe.

Pour ne pas s’y perdre, il faut savoir qui contacter en cas de besoin», explique Katy François, formatrice à l’OSAR. Ses propos sont directement traduits en arabe par un interprète, les familles étant encore débutantes en français. Elle passe alors en revue les principaux acteurs du domaine de l’asile dans le canton de Vaud, puis soumet un questionnaire aux nouveaux arrivants: «Par exemple, à qui s’adresser si vous souhaitez suivre un cours de français?» Dans la salle, les participants échangent des regards furtifs, puis, hésitants, se jettent à l’eau. «Le Centre social d’intégration des réfugiés», clament certains, «le Bureau cantonal d’intégration», s’écrient d’autres. Les deux réponses sont approuvées avec enthousiasme par la formatrice.

Un droit au regroupement familial limité

Pour ne pas s’y perdre, il faut savoir qui contacter en cas de besoin», explique Katy François, formatrice à l’OSAR.

© Stephan Hermann / COUPDOEIL

La formation se poursuit avec la question des droits et devoirs des réfugiés. Les connaître est essentiel pour les faire valoir et les mettre en œuvre. «Selon vous, quels sont vos droits et devoirs en tant que réfugié en Suisse?», interroge Andres Guarin, formateur à l’OSAR. «Apprendre le français est un devoir», répond un père de famille. «Il s’agit aussi d’un droit, précise le formateur. En plus de celui-ci, vous avez droit à des soins de santé, à un logement, au regroupement familial…» Une main se lève dans la salle et interrompt soudainement la discussion: «Est-ce que mes filles de 21 et 23 ans, restées en Jordanie, peuvent me rejoindre ici?», demande une mère de famille. «Ce n’est hélas pas possible, soupire le formateur. Selon la loi, les réfugiés reconnus peuvent seulement faire venir leur partenaire enregistré et leurs enfants de moins de 18 ans.» Troublées, les familles digèrent.

C’est ensuite au tour de Seladjin Doli, collaborateur externe de l’OSAR, de prendre la parole. Ce réfugié originaire du Kosovo, aujourd’hui naturalisé, est là pour partager son histoire d’exil: les activités menées en tant qu’opposant politique, son séjour en prison, l’humiliation, la torture, la peur, la fuite précipitée du pays avec sa femme et son bébé, la traversée de la mer Adriatique et l’arrivée en Italie. Dans la salle, les réfugiés syriens écoutent attentivement et se reconnaissent dans l’une ou l’autre étape de sa vie. «Nous avons décidé de nous rendre en Suisse car mon beau-frère y habitait», poursuit Seladjin Doli, sans cacher les difficultés rencontrées dès son arrivée entre l’attente d’une décision en matière d’asile, l’apprentissage de la langue et la recherche d’un travail. Il se veut toutefois rassurant: «Il ne faut pas avoir peur car les choses s’arrangent petit à petit. Beaucoup de possibilités pour apprendre la langue, se former et trouver un métier s’offriront aussi à vous», explique-t-il d’un ton confiant.

Ce père de famille a d’abord travaillé comme concierge dans l’immeuble où il habitait, puis a été engagé par l’OSAR pour sensibiliser les jeunes et les adultes à la problématique des réfugiés. Un beau jour une écrivaine suisse l’a contacté et s’est engagée à raconter son histoire dans un livre en français. «On ne sait vraiment pas ce que la vie nous réserve», conclue-t-il sur une note d’espoir. Son histoire laisse d’abord sans voix les participants, émus par tout ce qu’ils viennent d’entendre. Et l’on retient ensuite qu’il est toujours possible de refaire sa vie, de se reconstruire et ce, malgré les difficultés.

Pour se familiariser avec un dossier de candidature suisse, les participants lisent attentivement les éléments devant figurer sur un CV. © Karin Mathys / OSAR

Un côté ludique au processus d’apprentissage

C’est avec un quiz interactif que débute le module sur la vie pratique, organisé un mois plus tard, en janvier 2019. Il est question de logements, transports, loisirs et citoyenneté. «Pourquoi doit-on trier ses déchets? Combien de temps avez-vous pour faire reconnaître votre permis en Suisse? Comment savoir ce qui existe dans ma commune?». Les réfugiés se prêtent au jeu, rigolent et applaudissent. Le côté ludique du processus d’apprentissage est largement apprécié. «Cette démarche sollicite la réflexion personnelle des participants, puisqu’ils sont appelés à mettre en relation les nouveaux savoirs avec leurs propres pratiques et expériences, ainsi qu’à les conscientiser», explique Katy François durant la pause.

Sont ensuite présentés la brochure du BCI «Bienvenue dans le canton de Vaud» et le système scolaire suisse, entrecoupés d’exercices, de scénettes et de jeux de rôle. Les méthodes pédagogiques de l’OSAR, qui ne s’appuient pas seulement sur la théorie mais aussi sur des situations visuelles, interactives et collaboratives, sont en cela parfaitement adaptées aux profils et besoins des participants qui n’ont pour le moment que des notions rudimentaires du français.

Faciliter l’accès au marché de l’emploi

La formation consacrée au marché du travail a lieu quelques semaines plus tard en partenariat avec Caritas, organisation membre de l’OSAR. Pour leur future insertion professionnelle, les réfugiés sont sensibilisés aux assurances sociales liées à l’emploi et aux différents secteurs qui recrutent en Suisse. Ils sont formés sur la manière de valoriser leur formation et leurs expériences passées, apprennent à déposer un dossier de candidature efficace et à identifier leurs droits et devoirs en tant qu’employé.

Un entretien d’embauche est également mis en scène. «Pourquoi désirez-vous travailler dans notre entreprise?», demande l’employeur, dont le rôle est interprété par un réfugié qui s’est porté volontaire. «Parce que j’habite juste à côté…», balbutie la formatrice de l’OSAR, surjouant une candidate maladroite. La scène est après coup analysée en détails avec les participants afin de souligner les erreurs à éviter en entretien. 

A la fin de la séance, les six familles réfugiées remercient chaleureusement les organisateurs et les formateurs. Une vie sûre, loin des horreurs de la guerre, les attend en Suisse.

Un réfugié syrien prend connaissance des questions types posées lors d’un entretien d’embauche. 

© Stephan Hermann / COUPDOEIL

Des acteurs multiples au service de la réinstallation

Dans le canton de Vaud, le projet de réinstallation est piloté par le Centre social d’intégration des réfugiés (CSIR). Le Bureau cantonal pour l’intégration des étrangers et la prévention du racisme (BCI) est chargé d’organiser deux journées d’information et de fournir aux nouveaux arrivants toutes les informations nécessaires pour les rendre autonomes. Dans le cadre des séances, le BCI mandate l’OSAR, Caritas et la Polyclinique médicale universitaire selon les thématiques abordées. Des interprètes d’Appartenances assurent en outre l’interprétariat et l’accueil enfant.

Textes: Karin Mathys, à l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR)